Nouvelles du 08 Mars 2009Cher Site internet, Gainsbourg mi-tournage figurez-vous!
Je ne dois rien raconter sur le film de Serge Gainsbourg, ni sur le dessin animé du Chat du Rabbin. On a eu la visite de Javier Mariscal, et d'amis de Pixar. On reçoit des encouragements de Mike Mignola et de Guillermo Del Toro. Sur Gainsbourg, la présence de l'équipe de DDT, de Doug Jones et de Chris Clarke ammène la presse à raconter un peu n'importe quoi. On a beau interdire l'entrée du plateau aux journalistes, ça donne lieu à des rumeurs. Il a toute l'équipe du Labyrinthe de Pan sur son plateau pendant les quatre mois de tournage, ils logent le gars qui a fabriqué toutes les créatures en animatronique de Harry Potter et qu'est ce qu'ils font là ? Dans un film sur Gainsbourg? N'écoutez pas les conneries lues dans la presse, je crois que c'est beaucoup plus étrange que ce qu'ils imaginent ! Ca n'est pas un film fantastique, c'est un film dans lequel quatre ou cinq personnages ressemblent vraiment à mes dessins. Et lorsqu'on veut des doigts de vingt cinq centimètres ou un visage rond comme une planète, lorsqu'on veut que ces dessins vivants trouvent leur place au milieu de vrais comédiens il n'y a pas cent cinquante personnes à appeler. Comme Jim Henson n'est plus de ce monde, le seuls magiciens que je connaisse se nomment David and Montse Marti, Chris Clarke et Doug Jones. Ils font des choses éblouissantes, et ça ne nous éloigne pas du réel, tous les jours nous avons Birkin et Gainsbourg et Bardot et Greco, et les Frères Jacques et boris Vian, dans des décors du vrai monde, et les dessins vivants qui parfois les croisent. Vous verrez bien. Et je voulais juste dire aux gens qui me suivent régulièrement que je n'ai donné aucune interview depuis le début de mon film. Donc si vous lisez des bêtises dans la presse, soyez certains que je ne suis pas derrière. Qu'est ce que tu nous prépares avec Gainsbourg ? vous verrez bien. A quoi ça va ressembler le chat du rabbin en dessin animé ? vous verrez bien. Moi, soit je cuisine, soit je cause, et en ce moment j'ai deux gazinières allumées et réglées au maximum alors attendez que ça soit cuit avant de croire ceux qui s'imaginent avoir vu derrière mon épaule.
Sinon quoi ? Je veux lire des bandes dessinées. Les bonnes bandes dessinées je m'en fiche. je veux dire les histoires où on dit "le niveau général de la production augmente". Rien à fiche. Moi ça me fait souvent comme des choses où l'éréction s'en va au milieu et on reste l'organe en main sans finir ce qu'on avait commencé, oui, j'ai souvent du mal à finir certains livres. Je lis plein. De tout. Tout le temps. mais souvent ça ne parle pas. ca dessine, ça raconte, mais pas de voix. je sens des auteurs qui ont aimé lire de beaux livres et qui nous racontent qu'il y a quinze ans ils ont adoré découvrir La Révolte D'Hop Frog. Oui moi aussi. Mais bon le résultat, c'est "le niveau général augmente". Je pense quoi? Je trouve que j'en ai assez des histoires où ni les auteurs ni le lecteur ne se font mal. Je me dis que beaucoup de jeunes gens ont compris que la bande dessinée pouvait devenir un vrai métier, alors ils pratiquent ça avec professionnalisme, livrent des histoires avec un début un milieu et une fin. Avec un dessin ni trop classique ni trop novateur, pour attirer le public sans passer pour des ringards. Ils font leur travail. De mieux en mieux sans doute. Je crois qu'il y a quinze ans ils se seraient plus volontiers retrouvés dans des dessins animés ou chez la télévision, mais voilà, on leur a dit qu'il y avait les bandes dessinées. Je n'en veux à personne. juste ça m'ennuie, de plus en plus, de ne pas finir les livres, les livres très bien dessinés mais rien de nouveau, les livres très bien écrits mais écrits par personne. Je n'aime pas lire un truc et me dire "j'aurais pu le faire moi-même". J'aime tellement quand c'est unique, quand c'est Florence Dupré Latour ou Riad ou Emmanuel Guibert ou Blain.
Et je trouve que lorsque j'ai vu pour la première fois des auteurs de bandes dessinées c'étaient des gens vraiment bizarres et drôles et tragiques. Des Fred, Menu, Dubois, Druillet, David B, Boilet, chacun a leur façon arrivait là avec des blessures, des côtes cassées et envie de se faire des amis, il y avait un côté inadapté au monde, la première fois que j'ai vu des Killoffer ou Konture ou Christian Aubrun ou Emile Bravo ou F'Murrr ou Baudoin je les trouvais chacun comme un livre parce qu'ils faisaient chacun à leur façon des conneries et des choses dangereuses sans cesse, pour leur art, pour leur vie et pour leurs amis. Moi je me disais que j'avais trouvé une famille là-dedans.
Si on ne fait pas attention, on va avoir de plus en plus de gens normaux.
Le roi de tout ça c'était Charlie Schlingo. A chaque fois que je le croisais, ses premiers mots, c'était "t'as pas vu mon chien?".
Les anecdotes recueillies dans le livre de Cestac et Teulé, on les connaissait presque toutes. Mais il fallait deux grands auteurs pour en faire une vraie oeuvre, pour bâtir autour de Schlingo ce temple absurde et aimant et fragile et dur.
Je pense que je m'en suis pris plein la figure avec "je voudrais me suicider mais j'ai pas le temps". La dernière fois que j'ai vu Schlingo, c'était encore "t'as pas vu mon chien?", la fois d'avant, il avait vomi dans un tiroir du Centre National des Lettres rue de Verneuil, et je me suis dit qu'il en fallait de la grâce, pour faire ces gestes-là.
A titre personnel, je veux dire mettez vous dans la peau d'un dessinateur qui a hâte de se remettre aux bandes dessinées, à titre personnel, donc, le livre de Teulé et Cestac m'a réveillé un bon coup ! C'est ça que je voudrais lire. C'est pas moi qui deviens blasé ou qui ne m'intéresse plus à rien. c'est juste que le "niveau général qui augmente" me fait sacrément dormir. J'aime quand on est fichu de me raconter une histoire qui fait autant d'effet.
Vive Cestac! Vive Teulé! Vive Schlingo!
Joann
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