Nouvelles du 17 juillet 2008

Cher site internet,

Je ne donne pas souvent de nouvelles mais tout va bien. Je viens enfin de retrouver mon équilibre.

Voilà, depuis que le travail a commencé sur le Chat du Rabbin en dessin animé et sur le film de Gainsbourg, j’avais essayé de faire moins de bandes dessinées. Je me disais qu’il fallait être raisonnable et qu’à chaque jour suffit sa peine et toute sortes de choses raisonnables. Résultat des courses, moi qui ai toujours dormi comme un bébé, je suis devenu insomniaque. Et je devenais gris comme une biscotte en carton à force de pas dormir et pas dessiner de bandes dessinées. Je me suis donc aperçu de cette évidence : depuis trente ans, je dessine trois ou quatre pages de bandes dessinées par jour, si j’arrête, je perds mon équilibre.

Alors depuis un petit mois, même si je rentre tard le soir, je redessine des bandes dessinées. Je n’arrive pas bien à expliquer pourquoi ça fait tant de bien. Si. Voilà, tout d’un coup, le rythme des pensées se ralentit, on est dans le cadre d’une image et on vit aussi lentement que se fait le dessin, c’est comme si on faisait « arrêt image » sur un moment réel. C’est extrèmement reposant, et nourissant, et egoïste et c’est à la fois très calme et super excitant. Et plus je m’avance dans des activités collectives comme le cinéma ou le dessin animé, plus j’ai besoin de ces moments seuls pour me raconter mes bandes dessinées. Alors plutôt qu’empêcher ma compagne de dormir, la nuit, je dessine un peu.

Je m’y suis vraiment remis avec la fin du Petit Prince. Lewis m’a traîné à la maison des auteurs d’Angoulème et j’y ai dessiné les 25 dernières pages de l’album, vie saine, pommes reinettes, couché tôt et gribouiller. Kidnapper le petit Hugo Ferrandez pour qu’il vienne nous aider sur les couleurs du chat (le chat va bien merci) et zou, retour à Paris.

Et plutôt que mettre mon énergie à m’interdire de penser à des futures bd, je préfère les dessiner. Alors en ce moment je suis en page 35 de l’Ancien Temps, une histoire de moyen-âge avec des jeunes reines, des amoureux, la forêt, un château, tout ça.

Aussi je me suis mis à raconter une histoire qui aurait pu arriver à Marc Chagall. Pour dessiner Chagall, je m’inspire de mon copain Sava Lolov qui est drôle et solaire et beau garçon. Je connais bien Chagall puisque j’avais fait mon mémoire de philo sur lui, mais la bande dessinée que je prépare ressemblera plus aux contes de Sholem Aleichem qu’à de l’histoire de l’art, disons que Chagall devient un archétype au même titre qu’a pu l’être Tevié le laitier, enfin vous verrez bien, ça se passe dix sept ans après Klezmer, du coup je regarde en boucle Yentl et Le Violon Sur le Toit, je me régale. Oui parce que je suis amoureux de Barbara Streisand.

Hé, j’ai fini d’écrire le prochain Socrate qui constitue le premier album d’une trilogie, Christophe le termine en Septembre je crois, ça va déchirer.

Dans le genre autopromo, j’attends plein de choses formidables chez Bayou. Enfin vous verrez bien. Je me dis que la principale vertu de cette activité d’éditeur c’est de me pousser au cul pour dessiner mieux. Quand je vois les couleurs de Thierry Plus ou les acryliques de Benjamin Bachelier, j’ai intérêt à m’accrocher aux branches la prochaine fois que je ferai de la couleur directe. Et il suffit que je pose le regard sur des planches de Gabriel Schemoul ou de Loïc Sécheresse pour me rappeler que ça vaut le coup de dessiner juste pour soi, je veux dire sans chercher à faire plaisir (à qui ?), j’adore suivre le chemin intérieur des dessinateurs qui m’apportent des projets. Je leur dis presque rien, comme éditeur je suis nul, je me borne à faire le lecteur, j’ai l’impression que ça m’aide à travailler sur mes propres livres. Et dans cette egoïsme de l’auteur qui ne devrait travailler que pour lui, on n’ira jamais assez loin, je crois que tout se voit dans un texte ou dans un dessin, je crois que le pire c’est quand on veut faire plaisir aux autres. Moi j’aime Florence Dupré Latour, parce qu’elle ne travaille que pour elle, parce que tout ce qu’elle écrit ça me fait rire et ça m’emmène dans des endroits méchants que je ne soupçonnais pas, quand je lis ses livres j’ai l’impression que la voix provient de l’intérieur de mon crâne.

Au même moment, la plupart des autres livres qu’on me met entre les pattes émettent l’écho triste d’une voix lointaine, celle des mille autres livres dont ils sont la redite. Quand j’ouvre une bande dessinée, je ne cherche pas l’originalité à tout prix, mais j’aime avoir le sentiment qu’on me parle vraiment, qu’on n’est pas en train de réciter une leçon. Beaucoup de dessinateurs et de scénaristes m’ont l’air de dire leurs tables de multiplications. Bon, il vaut mieux s’attarder sur les choses qu’on aime : J’aime BPRD de Mignola et Guy Davis. J’adore Salem de Stephen King. J’aime Joel Séria. Et en ce moment, plus que tout j’aime « les extraordinaires aventures de Kavalier and Klay » de Michael Chabon, jetez vous sur ce roman, ça ne parle que de bandes dessinées, ça se passe à New York pendant la guerre et on suit le destin de deux cousins qui ressemblent beaucoup à Stan Lee et Kirby, ou à Schuster et Siegel, ou bien à Eisner et Bob Kane, ou pourquoi pas à Pratt et Ongaro, en tout cas ils font penser à tous ces moments où une bande de dessinateurs s’est mis pour les plus picaresques raisons à pratiquer cet art dégénéré : les bandes dessinées.

Gainsbourg va bien, c’est une très longue préparation car il y a les chansons, et que c’est un film très compliqué. Mais c’est très intéressant. Je m’aperçois que les comédiens et les dessinateurs se ressemblent beaucoup, orgueil, humilité, envie de faire juste sans se demander si c’est beau, on se ressemble. Je n’ai pas le droit de trop raconter de choses. C’est une torture car je suis très bavard !

Le chat pareil, faut pas parler pour le moment. On fait les voix. Nos comédiens mettent les costumes des personnages de l’histoire, on les dessine d’après nature, on s’amuse bien !

A bientôt, pardon pour les fautes je relis pas.
Joann




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